Comme à chaque rencontre, et toujours avec le même étonnement, ce temps partagé est allé au-delà d’un simple atelier. Le cadre posé — témoin du sérieux du dispositif — et la posture que j’incarne, fondée sur une présence accueillante et bienveillante favorisant le lâcher-prise, ont ouvert un espace symbolique où chacune a pu dialoguer avec ses contenus intérieurs — conscients et inconscients — dans un cadre soutenant et dynamique.
Je suis heureuse — et touchée — de revenir avec ces photos témoignant non seulement d’un travail créatif, mais d’un véritable processus d’individuation en mouvement.
À travers la création des mandalas, les participantes ont laissé émerger des formes archétypiques, des tensions intérieures, des zones d’ombre mais aussi des ressources profondes -rejoignant, chez Jung, l’idée que la psyché s’exprime spontanément par le symbole.
Dans l’approche jungienne, le mandala est compris comme une représentation du Soi — centre organisateur et totalité de la psyché — et comme une forme symbolique qui apparaît souvent dans les moments de transformation intérieure. Ici, il a servi de matrice d’exploration : chaque couleur posée, chaque motif répété ou transformé a donné corps à un mouvement de reconnaissance intérieure.
Les peurs liées au syndrome de l’imposteur ont pu être nommées — parmi elles le sentiment d’illégitimité, cette voix intérieure critique qui conteste la valeur, la place et la compétence.
En le voyant se symboliser, se projeter et se transformer dans la création des deux mandalas au cours du week-end, un autre discours a commencé à émerger : celui d’une légitimité éprouvée de l’intérieur.
Les échanges ont été d’une grande densité humaine : authentiques, profonds, parfois chargés d’émotion. Ils ont permis une mise en mots des mouvements psychiques activés par le travail symbolique, favorisant l’intégration plutôt que la simple décharge émotionnelle — ce que Jung désigne comme la fonction transformatrice du symbole, médiateur entre conscient et inconscient.
Il y a eu de la fatigue — celle qui accompagne les déplacements d’énergie psychique lorsque des contenus jusque-là retenus trouvent un passage — mais aussi des élans de joie, des prises de conscience, des respirations nouvelles. Ces ressentis, qui incarnent les mouvements intérieurs, rappellent combien les espaces de symbolisation sont essentiels au processus de maturation intérieure et d’individuation.
Pour ma part, ce week-end a aussi résonné comme un moment de réalignement. Revenir à ma posture d’accompagnatrice de la vie psychique, dans ce cadre particulier, m’a confrontée, moi aussi, aux murmures subtils du syndrome de l’imposteur — cette figure intérieure qui doute de la légitimité à guider.
En prêtant attention à mon ressenti profond et à mon intuition, et en laissant de l’espace à ces doutes et murmures — comme dans une danse subtile à deux— j’ai pu reconnaître cette voix comme une étape du chemin plutôt qu’un obstacle. J’exerce cette fonction avec présence, humilité et engagement, consciente qu’elle se construit dans la relation vivante plutôt que dans la certitude.
Merci aux participantes pour leur courage d’exploration, leur sincérité et leur créativité symbolique. Ce qui s’est déployé laissera une empreinte durable — dans leur processus d’individuation comme dans le mien.
Isabelle Leite